La folle histoire d’amour de Simon Eskenazy (Jean-Jacques Zilberman, 2009): chronique cinéma

LA FOLLE HISTOIRE D’AMOUR DE SIMON ESKENAZY
Un film de jean-Jacques Zilberman
Avec Antoine de Caunes, Mehdi Dehbi, Elsa Zylberstein, Judith Magre, Catherine Hiegel, Micha Lescot
Genre: comédie
Pays: France
Durée: 1h30
Date de sortie: 2 décembre 2009

La folle histoire d'amour de Simon Eskenazy affiche

Depuis sa séparation avec son ex-femme, Rosalie, dix ans plus tôt, Simon est désormais devenu un musicien accompli, interprète des plus grands morceaux de musique traditionnelle juive. Pourtant l’été de la canicule, sa vie va devenir soudainement mouvementée. Sa mère, âgée et avec laquelle il ne s’entend plus, vient habiter chez lui à cause d’une hanche fêlée. Son amant, Raphaël, professeur de philosophie, n’arrive pas à avouer sa véritable orientation sexuelle à son épouse. Rosalie, à son tour, débarque à Paris pour lui présenter son fils qu’il n’a jamais vu et enfin, Naïm, un travesti musulman, va prendre une place particulière dans sa vie. Simon ne sait plus où donner de la tête alors qu’il doit enregistrer un nouvel album et préparer un concert à New York.

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Suite directe de L’homme est une femme comme les autres, Antoine de Caunes reprend son personnage égocentrique du clarinettiste ayant tourné le dos à sa famille et à ses origines pour une nouvelle comédie d’une surprenante légèreté. Sur fond d’été caniculaire, l’entourage de Simon va tout à coup se mettre en branle et briser son quotidien tranquille. La quarantaine passée, Simon est désormais un homme qui vit son homosexualité avec apaisement et sérénité. Ici le personnage de Rosalie n’apparaît qu’en filigrane pour laisser la place à un fils de dix ans qui n’a jamais connu son père. Fils prodige, musicien lui aussi, parfaitement bilingue, il est élevé dans la plus pure tradition orthodoxe, au grand dam de ce père qui, bien qu’il ne cesse de le nier, aimerait enfin sentir la fibre paternelle s’éveiller en lui.

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Jean-Jacques Zilberman nous offre une comédie de mœurs parfaitement maîtrisée en introduisant un nouveau tabou, celui du travestissement contre l’appartenance religieuse. Avec humour et finesse, le cinéaste aborde le poids des faux-semblants, des mensonges et de l’intolérance. Naïm tente d’exister à travers les personnages féminins qu’il incarne quand Simon veut simplement l’aimer tel qu’il est. Au contraire Naïm éprouve envers les proches de Simon toute la tendresse que ce dernier est incapable d’exprimer. Simon ne se cache pas derrière une quelconque façade mais s’oblige à ne pas exprimer ses sentiments comme une sorte de réflexe de préservation. Au contraire Naïm, à fleur de peau, a besoin de l’habit féminin pour se sentir fort, aimé et regardé. Véritable révélation du film, Mehdi Debhi incarne à la perfection ce rôle à plusieurs voix, tour à tour homme fragile mais terriblement séduisant et femme fatale étonnamment culottée.

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Autre thème abordé, celui des générations. Loin des siens, Simon n’a jamais regarder ni le passé ni l’avenir. Avec sa mère encombrante et ce fils nouveau venu, c’est toute une chaîne familiale qui se reconstruit, non sans quelques crissement de dents. Entre une femme handicapée qui a connu l’horreur des camps et un fils qui a besoin de son père pour continuer à grandir, Simon apprend à faire des concessions pour maintenir l’équilibre. Pour emmener tout ce petit monde virevoltant, Jean-Jacques Zilberman convoque la musique yiddish avec maestria sans oublier les très belle référence à Charlie Chaplin. La folle histoire d’amour de Simon Eskenazy mêle des dialogues savoureux à quelques pointes tragiques sans pour autant tomber dans le film communautaire. La culture juive y est tour à tour célébrée et malmenée en évitant toute caricature. Antoine de Caunes, plus séduisant que jamais, semble se fondre dans son personnage sans aucune difficulté, lui insufflant mélancolie et fantaisie facétieuse.

The red riding trilogy – 1980 (James Marsch, 2009): chronique cinéma

THE RED RIDING TRILOGY – 1980
Un film de James Marsch
Avec Paddy Considine, Maxine Payne, David Morrissey, Robert Sheehan
Genre: thriller, policier
Pays: Grande-Bretagne
Durée: 1h33
Date de sortie: 11 novembre 2009

The red riding trilogy affiche

1980, un assassin surnommé « l’éventreur » terrorise depuis près de six ans la région du Yorkshire, dans le nord de l’Angleterre. Dans l’impasse la police locale se voit obliger de faire intervenir un inspecteur de Manchester, Peter Hunter. Celui-ci avait déjà collaboré avec les policiers du Yorkshire quelques années auparavant à la suite d’une fusillade inexpliquée dans un pub avant d’être rappelé chez lui pour des raisons personnelles. Cette fois-ci l’inspecteur compte bien mené son enquête jusqu’au bout, quitte à faire du bruit auprès de sa hiérarchie lorsqu’il vient à contredire la thèse officielle autour de l’assassin. Une fois encore il découvre que certains policiers sont mêlés de près ou de loin à la dissimulation ou à la fabrication de fausses preuves ou d’aveux extorqués.

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Second opus de The red riding trilogy d’après les romans de David Pearce, 1980 explore la quête d’un homme seul contre le système, un homme pris en étau entre la corruption qui règne dans sa profession et une situation conjugale fragile. Entre les flashes-back de cette fameuse première enquête sur une fusillade suspecte dont les rapports d’experts contredisait la version officielle et cette nouvelle mission tout aussi dénuée de rigueur et de savoir-faire, Peter Hunter sait déjà qu’il ne pourra compter que sur ses deux agents choisis par ses soins pour faire avancer l’investigation. En opposition directe avec les policiers locaux qu’ils l’accusent de vouloir les faire plonger, l’inspecteur marche sur le fil du rasoir, la hiérarchie n’attendant qu’un seul pas de sa part pour le révoquer.

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Après 1974 donc, qui reprenait le point de vue d’un jeune journaliste remontant le chemin sinueux d’une sombre histoire de petites filles violées et torturées, 1980 nous plonge dans l’Angleterre du thatchérisme, d’une institution à la poigne de fer dans un gant de soie qui tente de faire bonne figure devant ses échecs répétés mais qui n’oublie pas de sacquer discrètement celles et ceux qui ne rentrent pas dans le rang. Ici les victimes ne sont plus des fillettes innocentes mais des prostituées ou des femmes jugées faciles dont les meurtres gênent davantage la police parce que l’assassin se gargarise auprès de la presse de ses sombres exploits que de toutes considérations morales du geste meurtrier lui-même. Rangé du côté de la raison et de l’analyse, Peter Hunter va très vite mettre à jour les manques de l’enquête, les anicroches d’une procédure, et par là même le côté erronés des résultats, pointant du doigt l’incompétence des policiers incriminés.

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Couleurs sombres et froides, moiteur de l’atmosphère, crasse omniprésente, les paysages et les décors intérieurs du Yorkshire sont tel un labyrinthe dont Peter Hunter doit trouver la sortie. Le seul fil d’Ariane à sa disposition, un homosexuel travesti et apeuré qui se souvient de cette fameuse nuit. Pour Peter Hunter l’exploration de l’enfer commence et le film n’oubli pas d’entraîner son spectateur avec lui. Si ce second opus est peut-être un peu plus faible que les deux autres, il dépasse cependant la plupart des polars américains de ces dernières années dans sa représentation obscure d’une société damnée. Village quasi laissé à l’abandon, ruelles sombres, entrailles d’un commissariat qui cache un passé douteux, chambre d’hôtel miteuse, petit garage à l’écart et oublié de tous, il ne fait pas bon vivre dans le Yorkshire des années quatre-vingt, à l’heure où l’éventreur officie loin des regards. Mais la défaite de la police devant ces meurtres non résolus cachent bien plus en réalité.

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