Princess Aurora (Pang Eun-jin, 2005): chronique DVD

PRINCESS AURORA
(Orora gongju)
Un film de Pang Eun-jin
Avec Eom Jeong-hwa, Mun Seong-kum, Choi Jong-won, Yeong Hyeon, Jeong Eun-pyo, Kim Yong-geon
Genre: thriller, policier
Pays: Corée du Sud
Durée: 1h43
Editeur DVD: FPE
Date de sortie DVD: 20 août 2008

Princess Aurora DVD

Dans un centre commerciale, une femme en agresse une autre et la tue sauvagement. Quelques temps plus tard, un second meurtre est commis dans un salon de beauté, l’une des clientes est étouffée par son masque de visage. Sur son corps un auto-collant du dessin animé « Princess Aurora » est déposé. La meurtrière, une jeune femme très belle et vendeuse de voiture de luxe, semble frapper ses victimes au hasard pourtant les modus operandi sont sophistiqués et révèlent un désir de vengeance. Une chansonnette entonnée par la voix d’une petite fille revient constamment à la mémoire de cette mystérieuse femme dont la stabilité mentale paraît fragile. Les inspecteurs sont tout d’abord déboussolés par cette série de meurtres à priori inexplicables jusqu’au moment où l’un d’eux commence à comprendre ce qui se trame…

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Depuis quelques années la Corée du Sud nous propose régulièrement de quoi assouvir nos penchants pour les sombres histoires policières qui mêlent habilement morbidité des meurtres et analyse psychologique approfondie. Qu’on se souvienne de Memories of murder (Bong Joon-ho, 2003) et notre cerveau cale tout de suite Princess Aurora dans cette mouvance des polars violents du pays du matin calme. Avec Sympathy for Mr. Vengeance (Park Chan-wook, 2002), la filiation est encore plus claire, les deux histoires exploitant le ressort de la vengeance comme mobile des meurtres. Moins spectaculaire et moins théâtrale que le film de son compatriote, Pang Eun-jin réalise ici un film plus classique, davantage ancré dans une réalité quotidienne où les violeurs et les assassins  d’enfants font l’objet d’un fantasme de vengeance par ailleurs bien naturel. Si le film pêche par une structure de récit audacieuse mais mal agencée (le lien entre les différents meurtres est tout d’abord inconnu du spectateur, le final révélant maladroitement celui-ci), il faut noter la qualité de jeu des comédiens qui donnent à ce film toute sa force.

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Pang Eun-jin, dont c’est la première réalisation (nous avons pu constater ses talents de comédienne dans Adresse inconnue de Kim Ki-duk, 2001), fait preuve ici d’une certaine originalité dans le portrait de cette femme meurtrière aux traits doux et sensuels. Loin de la figure du Dr Jekyll et Mr Hyde, la protagoniste de Princess Aurora témoigne des deux facettes de sa personnalité non pas l’une après l’autre mais bel et bien de façon simultanée. Mélancolie et tristesse cohabitent avec la détermination et la perte de contrôle. Ce double langage se renforce au moment où la personnalité de sa fille disparue commence à envahir son comportement. Une duplicité qui n’a d’autre but que d’atteindre les responsables de la mort de sa fille. Sans être novateur, Princess Aurora démontre une solide maîtrise des codes du genre porté par une interprétation inspirée des comédiens. La scène finale est par ailleurs un modèle de puissance alliée à une sobriété étonnante. Pang Eun-jin, une réalisatrice à suivre très certainement.

Princess Aurora affiche

Milarepa, la voie du bonheur (Neten Chokling, 2005): chronique cinéma

MILAREPA, LA VOIE DU BONHEUR
(Milarepa)
Un film de Neten Chokling
Avec Jamyang Lodro, Orgyen Tobgyal, Kelsang Chukie Tethtong
Genre: Aventures, drame
Pays: Bhoutan
Durée: 1h30
Date de sortie: 7 octobre 2009

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Dans les montagnes inaccessibles du Tibet, le père de Milarepa, riche marchand, laisse sa fortune à son frère en attendant la majorité du garçon. Pourtant ces richesses lui seront refusées lorsqu’il atteint l’âge d’homme. Sa mère, à la merci de sa belle-famille promet la vengeance et envoi son fils étudier les arts occultes auprès d’un maître. Devenu sorcier, Milarepa revient quelques années plus tard dans son village natal et punit les coupables. Chassé, traqué par les survivants, Milarepa est très vite rongé par la culpabilité et lorsqu’il rencontre un vieux moine bouddhiste sur sa route, un nouveau chemin, fait de compassion et de sagesse, s’ouvre à lui. Désormais il enseignera la bonté aux hommes.

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Au cœur du Tibet du XIè siècle, le récit initiatique de Milarepa, le sorcier qui devint moine bouddhiste par compassion envers ceux auxquels il fit du mal. Véritable légende incontournable de la sagesse tibétaine aujourd’hui, l’histoire de Milarepa enseigne que toute cupidité ou vengeance n’engendrent que souffrance supplémentaire. Pour avoir étudier la magie noire et fait tomber la foudre et le fléau sur ceux qu’il côtoyait, Milarepa va cultiver dans son être une culpabilité sans limite. Ce récit d’un autre temps est magnifié par des paysages rares, sublimes mais tout aussi hostiles le long de la chaîne himalayenne. A une époque où la magie s’entremêle aux croyances mystiques et aux superstitions, la philosophie bouddhique n’a pas encore atteint les populations laïques et reste l’apanage de moines isolés, retirés du monde.

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Réalisé par Neten Chokling, acteur dans La coupe et assistant-réalisateur sur Voyageurs et magiciens, deux films de Khyentse Norbu, Milarepa, la voie du bonheur est ainsi le troisième long-métrage réalisé au Bhoutan depuis l’ouverture du pays aux images de technologies occidentales en 1999. Tout comme son confrère, Neten Chokling explore la sagesse d’un enseignement ancien dans une vie faite de surprise et de contradictions. En devenant sorcier Milarepa exauce le souhait de vengeance de sa mère mais attire à lui les démons de la culpabilité. Ces démons l’obligeront à emprunter un autre chemin, tout aussi énigmatique et semé d’embûches. Le film ne condamne pas les arts occultes vecteurs de croyances ancestrales mais leur mauvaise utilisation. Les forces de la nature peuvent être des alliées très puissante mais ne sont pas le remède au bonheur et à la sagesse.

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L’ascèse, la contemplation, la méditation et l’isolement sont des voies possibles à une meilleur connaissance de soi-même et par-là, des autres. Le cinéaste déploie ainsi un récit simple mais pas simpliste et nous invite à un voyage spirituel d’une grande beauté et d’une profonde pertinence à l’heure où l’individualisme et le repli communautaire menacent la compréhension mutuelles des peuples. Loin d’être un film fermé sur lui-même, le destin légendaire de ce jeune homme dépassé par son propre destin agite la curiosité du spectateur. Poète et auteur des Cents mille chants vers la fin de sa vie, Milarepa est aujourd’hui considéré comme l’un des maîtres essentiels du bouddhisme tibétain. Cette figure essentielle a par ailleurs fait l’objet d’une première adaptation cinématographique en 1974 par la réalisatrice Liliana Cavani et également d’une bande-dessinée écrite par Alejandro Jodorowski et Georges Bess, Le lama blanc. Neten Chokling entame déjà une suite au film avec l’enseignement que Marpa, le grand moine, apporte au jeune sorcier.