La chorale (Akio Nishizawa, 2006): chronique DVD

LA CHORALE
(8 Gatsu no symphony)
Un film de Akio Nishizawa
Genre: animation, drame
Pays: Japon
Durée: 1h36
Editeur DVD: Kaze
Date de sortie DVD: 3 septembre 2008

Au printemps 1956, Rieko Sakamoto est nommée nouveau professeur de chant à l’école primaire de Kiba. Au même moment une nouvelle élève, Shizu Miyanaga, intègre la classe de CM2 où se trouve Akira, le fils du menuisier, le meilleur élève de la section. Shizu est également une très bonne élève et ses aptitudes au chant et au piano font espérer à la classe la victoire pour le prochain concours de chant organisé en fin d’année. Pourtant un incident malheureux va remettre en question la participation de l’école à ce concours, Gon le fils du tavernier ayant entraîner ses copains dans une série de vols à l’étalage. Akira lui-même a participé à ces larcins et c’est tout l’école qui écope des conséquences. Un autre drame vient perturber les écoliers mais finalement la participation au concours et de nouveau autorisé. Les enfants s’entraînent donc chaque soir pour rattraper le temps perdu et apprennent l’une de ces fameuse chansons traditionnelles.

Nominé en compétition au 12ème Festival du Film Asiatique de Lyon en 2006, La chorale n’a malheureusement pas connu de sortie salle en France, un comble au regard de la qualité de ce long-métrage et de son public potentiel, un film à la fois tourné vers une audience mature mais également vers un public plus jeune, le film traitant de l’enseignement scolaire. Produit dans le cadre du WAO, un réseau national d’entreprises d’enseignement général, que le réalisateur-auteur développe depuis près de trente ans étant lui-même enseignant, le film traite du thème des doyo, ces chansons traditionnelles pour enfants que le Japon moderne a délaissé ces dernières décennies.

Sensible à la fois par la portée culturelle et folklorique de ces chansons, et par l’importance d’un enseignement qui met en avant des méthodes appropriées pour le développement des enfants, Akio Nishizawa nous raconte cette période transitionnelle de l’histoire du Japon moderne qui sort enfin des affres de l’après-guerre pour entrer dans une nouvelle ère de prospérité économique, une nouvelle ère qui malheureusement délaisse les traditions et les éléments culturels du passé pour se concentrer sur les progrès technologiques et la volonté de s’imposer comme puissance mondiale de première ordre, souhait exaucé à la fin du film lorsque le directeur de l’école annonce à ses élèves que la Japon devient le 80ème pays à intégrer l’ONU, mettant un terme à la marginalisation du pays suite à la Seconde Guerre Mondiale.

Le film rappelle par bien des aspects notre succès national Les choristes de Christophe Barratier,  un même désir de parler d’une époque et surtout de souligner la cohésion qui se forme au sein des enfants lorsqu’ils partagent un même but, un même désir. Le chant comme méthode d’apprentissage non seulement d’un texte et de sa signification mais surtout d’un savoir-vivre et d’une discipline nécessaire à son accomplissement. La chorale développe en outre un contexte bien particulier, celui d’une société en mutation qui a souffert du manque de travail et de nourriture, une époque de restriction qui a encouragé les parents a donner à leur enfants la possibilité d’étudier pour échapper à cette misère. Le contexte familiale fait écho au contexte scolaire et l’éducation des enfants passe autant par la discipline de l’école que par l’autorité parentale. L’on pourrait souligner le caractère naïf de ce thème mais la société japonaise est en effet concentrée autour de ces deux pôles au sortir de la guerre, cherchant ses repères après une période trouble de plus de vingt-cinq ans depuis la militarisation du pays au début des années trente. Un film sensible et beau.

Mensch (Steve Suissa, 2009): chronique cinéma

MENSCH
Un film de Steve Suissa
Avec Nicolas Cazalé, Sami Frey, Anthony Delon, Maurice Bénichou, Myriam Boyer, Max Baissette de Malglaive, Sara Martins, Michaël Abiteboul, Fabrice Bénichou, Evelyne Bouix
Genre: drame, polar, policier
Pays: France
Durée: 1h27
Date de sortie: 25 novembre 2009

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Casseur de coffres-forts et père d’un petit garçon qu’il élève seul, Sam tire le diable par la queue pour offrir à son fils une existence normale. Après un coup réussi à Nice avec son comparse Tonio, Simon Safran, le caïd du quartier juif de Paris, s’intéresse à lui. Le passé ressurgit alors dans la vie de Sam quand son grand-père, Victor, le met en garde sur ses fréquentation avec Simon. Pourtant Sam accepte l’offre d’un casse d’un receleur de bijoux. Entre sa famille qui désespère de le voir trouver un véritable travail et sa petite amie à qui il n’a pas encore avoué la vérité, Sam désire ardemment devenir un mensch, un homme bien mais le casse tourne mal et met Sam au pied du mur.

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Polar au ton résolument réaliste et dramatique, Mensch s’éloigne souvent des clichés du genre pour se rapprocher davantage de ses personnages ; Sam le voleur un peu perdu, Tony l’ami fidèle, Simon le gangster paternaliste. Film de comédiens avant tout, et rappeler que Steve Suissa est lui-même acteur n’est pas inutile, le film donne la part belle aux scènes de dialogues plutôt qu’à des scènes d’action. Le sujet est donc la lente descente aux enfers d’un homme qui fait tout pour aimer et protéger son fils dans un monde qui lui échappe. L’intrigue conventionnelle d’un casse qui tourne à la catastrophe rejoint celle d’un passé qui ressurgit sans crier gare. Sam apprend donc à connaître les siens sans pour autant accepter une vie honnête que son grand-père lui propose. Farouchement indépendant et doué dans sa profession, il entrevoit malgré tout les limites de son choix au contact d’Helena, sa petite-amie journaliste rencontrée par accident.

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Le film offre donc une brochette de comédiens à l’interprétation impeccable, aussi bien Nicolas Cazalé dans la peau du jeune homme se cherchant un avenir que Maurice Bénichou dans celui de Simon Safran, le gangster juif qui tient d’une main de fer les affaires du quartier ou encore Sami Frey, étonnant en épicier de luxe dont la seule valeur véritable est le travail honnête et droit, valeur qu’il n’arrive pas malgré ses efforts à transmettre à son petit-fils. Le trio d’acteurs est accompagné de seconds rôles tout aussi justes avec notamment Anthony Delon sous les traits de Tonio Massari, là on repense bien sûr aux rôles de gangster tenus par son père dans les années soixante-dix, et Sara Martins, entrevue dans Fragile(s), qui s’installe dans le rôle de la petite-amie bientôt décontenancée par le style de vie de l’homme qu’elle aime.

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L’interprétation mise à part, le film souffre cependant de maladresses scénaristiques et d’une mise en scène parfois décevante. L’enchaînement des scènes est souvent hasardeuse et quelques raccourcis faciles mettent à mal le réalisme du film. Les scènes d’action ne sont pas le fort du cinéaste qui préfère se concentrer sur les scènes de face à face dialogué, scènes particulièrement réussies. On se souvient de son précédent long-métrage Cavalcade, très peu convaincant, ou encore Le grand rôle, avec Stéphane Freiss et Bérénice Béjo, plus réussi. Ici Steve Suissa tente de maîtriser les codes d’un genre particulièrement prisé du public, le polar. Avec une écriture plus rigoureuse, Mensch aurait gagné en intensité et en émotion, reste une performance d’acteurs de très bonne facture, Nicolas Cazalé en tête, qui nous rappelle combien il est l’un des meilleurs comédiens de sa génération après ses réussites dans Le grand voyage, Pars vite et reviens tard, U.V. et Le fils de l’épicier. Mine de rien il offre à chaque fois une interprétation solide et à fleur de peau dans des rôles forts différents.