Freddy, les griffes de la nuit (Samuel Bayer, 2010): chronique cinéma

FREDDY, LES GRIFFES DE LA NUIT
(A nightmare on Elm Street)
Un film de Samuel Bayer
Avec Jackie Earl Haley, Kyle Gallner, Rooney Mara, Katie Cassidy, Thomas Dekker, Kellan Lutz, Clancy Brown, Connie Britton
Genre: horreur, épouvante, fantastique
Pays: USA
Durée: 1h35
Date de sortie: 12 mai 2010

Un soir de week-end, dans une cafétéria de banlieue résidentielle, un jeune lycéen souffrant de troubles du sommeil se donne la mort en se tranchant la gorge. Kris, l’une de ses amies qui s’inquiétait pour lui est témoin de la scène. Lors de l’enterrement, des souvenirs d’enfance refont surface aux yeux de la jeune fille avant de laisser place à de véritables cauchemars. Un homme au visage brûlé et atrocement défiguré la poursuit dans ses rêves. Bientôt ce sont d’autres lycéens qui partagent les mêmes visions horribles. Un à un ils meurent dans leur sommeil des griffes de cette figure démoniaque. Nancy et Quentin, les deux derniers rescapés se découvrent alors un passé commun que leurs parents leur ont dissimulé. Entre souvenirs et cauchemars, Freddy Krueger les poursuit en criant vengeance.

Que faut-il attendre d’un remake d’un des films les plus cultes du cinéma d’horreur ? Absolument rien. L’industrie hollywoodienne d’ailleurs ne s’y trompe pas, il suffit d’un petit coup de dépoussiérage pour accomplir le passe-passe. Pour cette industrie en effet, cet énième remake n’a pas d’autre ambition d’engranger de l’argent auprès des teenagers en mal de sensations oculaires fortes car, comme chacun le sait, la jeune génération n’a cure du modèle original et la place est donc laissée vacante pour un bon lifting (celui de Freddy notamment). Le scénario est donc un petit amalgame des meilleurs idées de la longue suite de films originaux (n’oubliez pas, la jeune génération ne les a jamais vu ou presque…) et pour le reste on applique consciencieusement les règles du montage visuel et sonore qui fiche la trouille (encore que…). Voilà, vous obtenez un plat qui sent fâcheusement le réchauffé pour ne pas dire le brûlé.

Très vite ce ne sont pas les protagonistes qui sont menacés par le sommeil mais bel et bien les spectateurs. Le cinéaste joue bien évidemment de la confusion entre la réalité et le cauchemar malheureusement sans grande invention visuelle et narrative. La dimension psychologique ne dépasse pas la notion du refoulé et l’évocation de l’enfance s’en tient à la comptine et aux jouets innocents. Freddy Krueger n’y est pas le croque-mitaine escompté, tout juste la victime d’une populace en mal de justice. L’homme au chapeau mou et à la main griffue se démène corps et armes mais ne réussi pas à convaincre. Sous le maquillage certes plus torturé que l’original, Jackie Earl Haley, qui avait déjà interprété un violeur d’enfants dans Little children en 2006. Un rôle qui, dans le film de Ronnie J. McGorvey, lui avait permis d’explorer les recoins sombres du comportement humain mais qui ici laisse curieusement de marbre tant les scènes d’enfance sont phagocytées par un style ampoulé.

La pulsion pédophile, autant que les névroses adolescentes, ne sont donc pas suffisamment exploitées pour faire des personnages un réel enjeu dramatique. L’ambition du film ne dépasse jamais l’effet de surprise et le film accumule les clichés éculés du slasher soporifique dénué d’âme. Samuel Bayer, qui n’est pas Wes Craven, signe ici un bien pitoyable premier film de fiction, lui qui avait officié auparavant essentiellement dans le domaine musical (Cranberries, Garbage, The Smashing Pumpkins, Blink, The Offspring, Metallica ou encore Green Day). Un long métrage d’horreur demande bien plus qu’une bonne rythmique pourtant il semble qu’une suite soit déjà sur les rails. Nous avions oublié de vous dire que le film était produit par Michael Bay. Cherchez l’erreur !

Piranha 3D (Alexandre Aja, 2010): chronique cinéma

PIRANHA 3D
Un film de Alexandre Aja
Avec Elisabeth Shue, Adam Scott, Jerry O’Connell, Kelly Brook, Ving Rhames, Christopher Lloyd, Jessica Szohr, Richard Dreyfuss
Genre : horreur
Pays : USA
Durée : 1h29
Date de sortie : 1er septembre 2010

Les fêtes de Pâques vont voir déferler sur le lac Victoria en Arizona la semaine du Spring Break, une semaine pendant laquelle les étudiants font de la débauche un véritable style de vie. Jake Forester, en dernière année de lycée, doit de nouveau renoncer à cette fête pour surveiller ses deux jeunes frère et sœur, sa mère étant occupée par ses fonctions de shérif du comté. Pourtant sous le soleil plombant et un ciel sans nuage un tremblement de terre va ouvrir une faille sous le lac pour libérer les eaux d’une cavité souterraine gigantesque datant de l’ère préhistorique. Très vite s’y échappe des milliers de piranhas voraces. Jake, lui, a décidé de payer les deux bambins pour enfin assister aux bacchanales en accompagnant en bateau une équipe de tournage profitant de l’occasion pour réaliser un film pornographique. Non loin de là, les deux enfants vont briser leur promesse et s’offrir un tour en canoë pour aller pêcher. Tout ce petit monde va très vite se retrouver à la merci des poissons antédiluviens.

Alexandre Aja a le vent en poupe de l’autre côté de l’Atlantique. Après un premier succès mérité dans l’hexagone avec Haute tension, le fils d’Alexandre Arcady compte bien ne pas suivre les traces de son père. Elevé et influencé au lait hollywoodien des années soixante-dix et quatre-vingt, le jeune réalisateur français est entrain de faire son trou dans l’entertainment business. Première étape après la très bonne réception de Haute tension aux USA, la réalisation d’un remake de La colline a des yeux en 2006 chapoté par Wes Craven en personne. Au final un film certes visuellement relooké mais qui délaisse l’atmosphère malsaine de l’original pour un paquet cadeau plus propret. Deuxième étape le remake d’un film sud-coréen (Into the mirror de Kim Seong-ho) réécrit pour la sensibilité américaine las des fantômes silencieux d’Hideo Nakata et consort. En débouche en 2008 Mirrors, une version simpliste et inégale qui peine à exploiter le ressort fantastique et surnaturel de l’objet mentionné. Enfin, troisième étape, le (vague) remake d’un petit film jouissif de 1978 réalisé par Joe Dante, Piranha.

Les aficionados des films d’horreur d’antan s’en lèche les babines, le petit français promet du sexe et des tripes, tout cela en 3D bien sûr ! On crie déjà au chef d’œuvre du genre. Et pourtant… Si le film commence avec un joli clin d’œil au seul film marin véritablement angoissant, Les dents de la mer premier du nom, par la présence de Richard Dreyfuss himself dans la peau d’un pêcheur à la retraite, le reste du film ne dépasse pas le niveau du petit bain. La 3D tout d’abord, tout simplement abominable donc fatalement futile. Ici pas de conception de l’espace ni de la profondeur pour vraiment exploiter le procédé, juste l’utilisation du gimmick superflu, de l’objet lancé à la figure du spectateur. Alexandre Aja voulait rendre hommage à la 3D d’époque ? Il ne pouvait mieux réussir seulement voilà, Avatar et Toy Story 3 sont passés par là et ont redéfini les modalités d’un tel choix artistique aussi bien que l’exigence des spectateurs. Au contraire ici, la sensation de volume tombe à plat et les nombreux contours floutés en énerveront plus d’un.

Le fond du film ensuite, inversement proportionnel à la profondeur de la faille évoquée. Les poissons carnassiers mangent tout ce qui bouge, nage ou flotte, surtout tous ces étudiants écervelés qui font de l’usage de l’alcool et du sexe l’aboutissement d’une philosophie hédoniste. Les bimbos aux gros seins sont des victimes de choix avec leurs chairs bien développées. Alexandre Aja, sauveur de la morale ? Nous n’irons pas jusque là mais en effet, la petite famille finira saine et sauve bien que le fils fut soumis à la tentation et que les deux bambins aient désobéi. Mais bon, ces pêchés sont évoqués dans la Bible et n’attendent qu’une bonne confession pour être lavés, à l’eau du lac bien sûr. Le réalisateur exploite à fond l’imagerie des corps policés, bodybuildés, huilés et gonflés mais délaisse sans vergogne quelques pistes intéressantes comme le plaisir coupable (la mère qui entre sans frapper dans la chambre du fils entrain de regarder un site pornographique sur Internet), la scission du noyau familial (la mère, le fils, les deux enfants chacun de leur côté) ou encore la pollution atroce des vacanciers qui prennent le superbe paysage pour une énorme décharge publique. Alexandre Aja n’a certes jamais été un cinéaste politique mais sa dénonciation d’une jeunesse dépravée punie pour ses méfaits a juste trente ans de retard. En terminant son film par une réplique pas si insignifiante (« Où sont les parents ? »), le cinéaste en conclurait-il à la défection des parents dans l’éducation de leurs enfants ? En effet Alexandre Arcady a dû oublier d’amener son fils au cinéma voir autre chose que des popcorn movies, tout simplement.

La dernière maison sur la gauche (Wes Craven, 1972): chronique DVD

LA DERNIERE MAISON SUR LA GAUCHE
(The last house on the left)
Un film de Wes Craven
Avec Lucy Grantham, Sandra Cassel, Marc Scheffer, David Hess, Fred Lincoln
Genre: horreur
Pays: USA
Année: 1972
Editeur DVD: Wild Side
Date de sortie DVD: 4 juin 2008

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Mari et Phyllis sont deux amies inséparables et, le soir du dix-septième anniversaire de Mari, elles suivent un jeune homme nommé Junior, qui leur propose de l’herbe. Kidnappées par le dealer et sa bande de copains meurtriers menés par le terrifiant Krug, leur calvaire commence. Dans la forêt les deux jeunes femmes tentent de s’échapper mais les bourreaux vont entamer leurs tortures sur leurs corps purs. Mari réussit néanmoins à se sauver pour tenter de rejoindre la maison de ses parents qui se trouve non loin de là.

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L’un des jalons essentiels du film d’horreur américain est enfin disponible en DVD. Wild Side met les petits plats dans les grands et propose une édition de très grande qualité qui permet aux spectateurs de découvrir, ou re-découvrir, ce film culte qui empêchera Wes Craven de réaliser d’autres types de films avant un bon moment. Produit par Sean S. Cunningham, le futur réalisateur du premier épisode des Vendredi 13, on sent l’affection de l’équipe de tournage pour ce type de production très fauchée menée tant bien que mal par des débutants qui font de leur ignorance du métier une force créatrice indéniable.

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Equipe réduite oblige, une grande partie de la qualité du film est fournie par le jeu des acteurs, pour certains non professionnels. Le groupe des quatre tueurs, interprétés par David Hess, Fred Lincoln, Jeramie Rain et Marc Sheffler, est juste et leur complicité réelle. Ce sont les seuls acteurs a bien avoir voulu revenir sur ce film considéré par beaucoup comme nocif et malsain. Les deux héroïnes qui se font violées et tuées sont malheureusement absentes pour donner éventuellement un autre son de cloche à la camaraderie évoquée par les quatre troublions. Visiblement un malaise a plombé le tournage, notamment entre David Hess et l’actrice Sandra Cassel, celle-ci ayant été traumatisée par le comportement sauvage et inquiétant de l’acteur qui a tout mis en œuvre pour obtenir d’elle une performance superbe mais non feinte de répulsion et d’abandon lors de la scène de viol.

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Un film qui a donc fait couler beaucoup d’encre et que certains regrettent d’avoir fait. Pourtant cette production est typique d’une époque, d’une ambiance, d’une façon de penser et d’appréhender le monde. Après les films très « peace and love » de la fin des années soixante, la réalité dérangeante et brutale du monde qui nous entoure a refait surface avec encore plus de force. Sam Peckinpah, Samuel Fuller et Arthur Penn ont ouvert la voie à un cinéma indépendant plus sauvage et plus incontrôlable que jamais à mille lieux du confort et de la standardisation des grands studios. Wes Craven et consort ont profité de cette fuite en avant pour proposer leur propre vision de la violence et de l’absurdité du monde en suivant quatre jeunes gens sans repères qui tuent, mutilent et violent sans raison. Ils ne sont ni plus ni moins que le produit de leur époque ; une époque sombre, désenchantée, nihiliste.

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En dépit du nombre impressionnant de suppléments proposés dans cette édition DVD (qui est en grande partie la reprise des suppléments du DVD britannique), seuls les commentaires du réalisateur et du producteur, le documentaire « Le crime qui a changé le cinéma » et les prises alternatives présentent un réel intérêt. Ainsi ce sont dans les prises alternatives que l’on peut voir la scène complète où Sadie joue avec les entrailles de Phyllis. Si on peut remarquer la présence d’un court-métrage de Wes Craven, aucune information supplémentaire ne vient mettre ce petit film en perspective ! De sorte que ce dernier fait figure de cheveu sur la soupe, il est là sans que l’on sache trop pourquoi. Il faut également saluer la présence de la version britannique légèrement censurée mais là encore, pas de mise en perspective, pas de documentaire ou de commentaire qui vient expliciter les différences ! Dommages que la qualité des suppléments est fait place à la quantité.

La dernière maison sur la gauche (Dennis Iliadis, 2009): chronique cinéma

LA DERNIERE MAISON SUR LA GAUCHE
(The last house on the left)
Un film de Dennis Iliadis
Avec Tony Goldwyn, Monica Potter, Garret Dillahunt, Aaron Paul, Spencer Treat Clark, Riki Lindhome, Martha Macisaac, Michael Bowen, Sara Paxton
Genre: horreur
Pays: USA
Année: 2009
Durée: 1h40
Date de sortie: 22 avril 2009

La famille Collinwood arrive dans leur maison de vacances au bord d’un lac pour passer un moment agréable et reposant. Le père, John, est un chirurgien qualifié qui aime son travail et Mari, sa fille, est une athlète de natation en devenir. Ayant perdu un fils l’année précédente, Emma, la mère est de nature plus inquiète, observant sa fille devenir une femme. A peine arrivée dans la résidence d’été, Mari décide de rejoindre Paige, sa meilleure amie des environs. Les deux filles rencontreront Justin, un jeune homme singulier qui leur propose une après midi fumette jusqu’au moment où son père, Krug, et son oncle, Francis, deux dangereux criminels débarquent. Alors que Krug vient tout juste de s’évader, la famille meurtrière décide de prendre les deux jeunes adolescentes en otages. Les choses se compliquent quand Mari tente de s’évader, provoquant un accident de voiture en plein milieu de la forêt. En représailles, Krug et Francis poignarde son amie avant de violer Mari qui parvient néanmoins à s’enfuir. Krug et les siens se réfugient dans la maison des Collinwood, sans savoir les liens qui unissent le couple à la jeune femme qu’ils viennent de torturer…

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Depuis peu les classiques du cinéma d’horreur américain font systématiquement l’objet de remake à la sauce hollywoodienne des blockbusters. La dernière maison sur la gauche, originellement tourné par Wes Craven en 1972 et dont c’était le premier long-métrage (excepté un film pornographique depuis oublié), n’échappe pas à la règle et témoigne du vide abyssale dont les scénaristes américains font preuve en matière d’originalité. Après Massacre à la tronçonneuse, Vendredi 13 et bien sûr La colline à des yeux (dont le remake d’Alexandre Aja d’après Wes Craven en 2006 avait justement lancé cette mode du relooking inutile), c’est donc l’un des films les plus forts et les plus controversés des années soixante-dix qui refait surface. Seulement voilà, Dennis Iliadis n’est pas Wes craven et les années 2000 n’ont plus rien à voir avec le climat subversif de la fin des années soixante et du début des années soixante-dix. Le fait que Wes Craven soit lui-même à l’origine de ce projet n’y change rien à l’affaire, la nouvelle mouture de cette histoire radicale n’atteint à aucun moment l’hystérie et la violence de l’original.

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Alors pourquoi ce remake? Ne cherchez pas vers les considérations cinématographiques ou cinéphiliques, non le film n’est qu’une galerie des nouvelles têtes de comédiens issus pour la plupart du petit écran. Oui le filon films cultes des années 70′ + acteurs à succès de la télévision semble le nouveau credo de la grosse machine hollywoodienne pour s’assurer une bonne rentabilité. Le dossier de presse est révélateur à ce sujet dont je vous laisse admirer quelques extraits:

Wes Craven: « Le premier Last House était fait avec tellement peu de moyens que j’avais dû renoncer à en développer certains aspects. Sa nouvelle version, dotée d’un budget confortable, est beaucoup plus ample et plus soignée. »

Dennis Iliadis: « J’ai vu tous les films de Wes et je les adore. Son Last House repose sur une idée toute simple, un véritable archétype. J’ai cherche à en préserver l’impact primal, tout en développant l’histoire à ma façon. […] J’ai voulu que ce film vous accroche du début à la fin tout en vous amenant à réfléchir un peu sur la nature humaine. Qui est civilisé, qui est sauvage? Qui est violent, qui est normal? Nous sommes vraiment une espèce intéressante… »

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Que l’on vous rassure, cette nouvelle version de La dernière maison sur la gauche n’a aucune amplitude et, quand à l’impact primal, mieux vaut passer son chemin. L’original avait à voir avec la folie meutrière, la saleté et les tripes (au sens propre comme au sens figuré), cette version 2009 est beaucoup plus propre dans son propos comme dans ses séquences gore, trop rares et pas assez jusqu’au-boutisme. Public de multiplex oblige, le film ratisse large là où la radicalité de la version de 1972 n’avait cure de la bienséance. Pour notre plus grand bonheur, celle-ci est depuis peu disponible en DVD.