Rue Cases-Nègres (Euzhan Palcy, 1983): chronique cinéma

RUE CASES-NEGRES
Un film de Euzhan Palcy
Avec Garry Cadenat, Darling Légitimus, Douta Seck, Joël Palcy, Joby Bernabé, Francisco Charles, Marie-Jo Descas
Genre: drame
Pays: France
Durée: 1h46
Date de sortie: 21 septembre 1983
Date de reprise: 17 février 2010

Dans les années trente, les vacances d’été approchent pour José, onze ans, orphelin élevé par sa grand-mère dans la rue Cases-Nègres à Rivière Salée, en Martinique. La plantation, toute proche, tourne à plein régime et les économes et les commandeurs veillent à faire respecter l’ordre. José fréquente le vieux Médouze, dépositaire d’une tradition orale qui lui conte les récits des vieux esclaves noirs emmenés de force depuis l’Afrique. Tous les jours le petit garçon se rend à l’école afin d’y préparer son certificat d’études, seul moyen de pouvoir aller éventuellement au collège et, ainsi, échapper à la récolte de la canne, seule perspective d’avenir pour la plupart des enfants du village. Facétieux et farceur, José n’en est pas moins intelligent et, son diplôme en poche, va saisir sa chance à la ville parmi les élèves blancs lorsque sa grand-mère tombe bientôt malade. La vie des esclaves est difficile et la pauvreté est leur lot quotidien.

Tourné en 1983 par une jeune cinéaste, Euzhan Palcy dont c’est le premier long métrage, et soutenu généreusement par François Truffaut, Rue Cases-Nègres est le premier film qui raconte la vie dans les îles de la Martinique à l’époque de l’esclavage en utilisant le créole comme langue de tous les jours. Ici, la réalisatrice raconte une page de l’histoire coloniale française a adaptant le roman célèbre de Joseph Zobel. Sans misérabilisme ni exagération, Euzhan Palcy capte une réalité nue et douloureuse qui a forgé l’identité des coupeurs de cannes, population endurcie par les travaux quotidiens sous la trique des békés, les propriétaires blancs. Très peu montrés à l’écran, ceux-ci appartiennent à un autre monde auxquels les esclaves n’ont pas accès. Les riches blancs vivent dans des demeures immenses lorsque les coupeurs de cannes s’entassent dans des cases étroites et frugales qui donnent le nom à la rue.

Pieds nus et peu nourris, les enfants pourtant ne ratent pas une occasion de jouer, de rire et de faire des bétises, provoquant l’ire des adultes que le quotidien fatigue. José, dont nous suivons le regard tendre, est plein d’espoir pour ses projets futurs. Attentifs aux histoires que lui racontent le sage du village, il rêve d’une autre vie que celle que la réalité lui impose. L’enseignement scolaire sera à ses yeux un moyen d’évasion, une porte entrouverte pour échapper à ce destin inévitable des champs de cannes. A l’heure où le débat sur l’identité nationale agite les politiques, ce film nous rappelle avec force combien cette identité est plurielle tant l’histoire de France affiche une richesse de ses origines. Histoire trop peu souvent abordée car génératrice de frictions et de souvenirs douloureux, il est pourtant nécessaire de l’écrire et de la filmer à la manière de Médouze pour ne pas qu’elle s’effrite et finisse oubliée.

Thème majeur du film, la connaissance de soi et de son passé forge les individus que nous sommes. Il faut savoir regarder en arrière pour aller de l’avant et apprendre de nos erreurs aussi pénible soit cette évocation du passé. Profondément optimiste, José est le symbole de cette enfance qui échappera à sa condition d’esclave pour connaître un destin de liberté. Rue Cases-Nègres et un réservoir d’espérance et de souvenirs, ceux d’une culture et d’un mode de vie créoles rarement représentées au cinéma. Euzhan Palcy les exprime ici avec affection et respect pour nous permettre à tous de les partager. Chose étonnante, le film et ses nombreuses récompenses, ouvriront à la réalisatrice une carrière hollywoodienne pleine de succès avec notamment Une saison blanche et sèche avec dans le rôle titre, qui sera récompensé d’un oscar, Marlon Brando.

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